J'évoluais dans le même univers que Chaissac, peindre sur tout, donner une identité picturale à n'importe quelle matière. Bertrand Lavier, en peignant sur les objets, doit avoir ce même point de vue, mais, maintenant que j'y pense, Lavier peint sur des objets de luxe, des objets inutiles, déjà des oeuvres d'art (selon Duchamp) . Bertrand Lavier repeint. Sortir l'objet peint de la peinture. Ouais, pourqoi pas ? C'est comme les chirurgiens magiciens philippins, qui opèrent san ouvrir la chair, sans incisions, par la magie. En fait, par l'illusion, mais leurs mains sont pleines de sang et de vésicules biliaires, et tout le monde est en transe et s'applaudit. J'avais sept ans quand j'ai vu l'un de ces reportages et, comme en Dieu, j'y ai cru. Société du spectacle, Dieu aussi.
Donc, j'étais artiste-peintre à 15/16 ans. Je suis devenu artiste à partir du moment où, à la suite d'une visite chez le psychiatre, celui-ci déclara : blocage total. Je suis devenu artiste pour parler.
Je ne voudrai pas revivre mon adolescence, je préfèrerai vivre celle d'un autre. S'il n'y avait pas eu cette rupture, je serai sans doute prof de lettres dans un lycée, avec femmes et enfants.
Je suis frustré.
L'art contemporain est un art capitaliste. Il existe un marché de l'art, une concurrence, un vocabulaire financier. L'art c'est l'argent.
Il faut savoir vendre sa soupe Campbell.
Je ne sais pas le faire ou bien je n'ose pas.
Les deux.
Quand j'ai de l'argent, je suis content. Rassuré.
Je n'en ai jamais.